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Sabrina Labbé  - 

En 1998, peu motivée par son emploi de commerciale dans une entreprise de menuiserie aveyronnaise, Sabrina Labbé n'a qu'une idée en tête : reprendre ses études de psychologie sociale qu'elle a dû interrompre en licence pour des raisons économiques.

Quand l'ANPE lui propose de financer sa reprise d'études par le biais d'une allocation formation reclassement, elle saisit cette chance au vol et s'inscrit en sciences de l'éducation. « Pendant mes études, j'avais réalisé des recherches de terrain pour l'association AIDS. Je n'avais qu'une envie, c'était de continuer dans cette voie. Et par chance, le laboratoire qui m'a accueillie à Toulouse Le Mirail travaillait sur des problématiques proches de la psychologie sociale. »

En maîtrise, se souvenant de son expérience de recherche, elle propose gratuitement ses services à des associations d'insertion pour les chômeurs de longue durée. Son idée : monter des ateliers théâtre pour mieux impliquer les chômeurs dans la recherche d'emploi et donc améliorer leur insertion professionnelle, un questionnaire avant et après l'expérience permettant d'évaluer l'évolution du niveau d'implication et d'engagement des personnes testées.

« A l'issue de mon DEA, je voulais poursuivre mes recherches en thèse, mais j'avais dépassé l'âge limite pour une allocation recherche. J'ai alors entendu parler des Cifre lors d'une conférence organisée par l'école doctorale. »

Sabrina Labbé se met en quête de partenaires pour monter une convention Cifre. Elle crée une plaquette décrivant son projet et démarche les entreprises de la région. L'idée est d'utiliser son expérience, sa méthode et des techniques de psychologie sociale pour les aider à motiver leur personnel, à les impliquer davantage. L'accueil est enthousiaste : cela correspond à un réel besoin en Aveyron, une région très rurale où les entreprises se heurtent à une réelle pénurie en ressources humaines et à un important turn-over. Mais le coût effraie ses interlocuteurs, essentiellement des PME.

« C'est alors que j'ai pensé à un temps partagé entre plusieurs entreprises. J'ai construit mon projet par tâtonnements, au fur et à mesure de mes entretiens. Après 6 mois de recherche, j'avais l'accord de 5 entreprises dont une était prête à héberger la Cifre et à refacturer les 4/5 de mon salaire aux 4 autres. »

Si la demande des 5 entreprises est commune (limiter le turn-over, l'absentéisme et le taux de démission), les champs d'application sont très divers. « La difficulté de départ a été de rassembler les 5 entreprises autour d'une même problématique, de réaliser un plan d'actions commun. » Autre exigence : l'organisation. Sabrina Labbé passe 15 jours dans les 5 entreprises, puis 15 jours dans son laboratoire. Un rythme soutenu qu'elle est loin de regretter : « J'avais besoin d'aller sur le terrain, je ne me serais pas vue dans une thèse purement académique ».

Sabrina Labbé a soutenu sa thèse en novembre 2005, impressionnant favorablement le jury par sa capacité à mener 5 « recherches-actions » en parallèle. Elle s'appuie aujourd'hui sur son expérience en entreprise et le réseau qu'elle a pu se créer pour monter son cabinet de conseil en ressources humaines. « Cette expérience a changé ma vie, je me suis gavée d'informations, confrontant les points de vue de 5 entreprises différentes. Je souhaite la procédure Cifre à tout le monde. Ce qui n'était, au départ, qu'une issue de secours s'est transformé en voie royale ! », conclut-elle.



(1) Les 5 entreprises concernées : Forest Liné, fabricant de machines outils (200 salariés), Ratier Figeac, fabricant d'hélices d'avion (plus de 1000 salariés), RLD (Decazeville), blanchisserie industrielle ( 100 salariés), Actimétal industrie, entreprise de métallurgie et de tôlerie générale (30 salariés), ABC, spécialiste du broyage et de la calcination de minéraux (17 salariés).

 

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